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par Luis Ferrari
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Pélérinage II

admin | September 3, 2010

A coté de la fontaine, près de l’église on ne peut rater le séchoir à jambons de Mecina Bombaron. La boutique n’est guère engageante vue de l’extérieur pas davantage que ne l’est le petit panneau indiquant de sonner pour qu’on vienne ouvrir.

A quelques mètres de là un portail est grand ouvert, on aperçoit des jambons suspendus et deux hommes et un enfant qui discutent. La tenue blanche de travail de l’un d’entre eux me laisse espérer qu’il travaille là. Il est un peu plus de midi. Je m’approche d’eux, me fais confirmer que l’homme en blanc travaille là et lui demande à quelle heure il ouvre pour acheter un jambon. “Vers 18 heures”.  Avant de m’éloigner je leur demande s’il est possible de rentrer dans l’église. Ils se regardent, se demandent quel jour on est… Mercredi. Ah oui vers 19h les femmes vont arriver pour la messe…

Je les remercie et m’éloigne. L’homme en blanc m’interpelle. “Tu serais pas argentin?”

Je souris. C’est vrai ici aussi je suis un étranger. “Oui je suis argentin, mais mon grand-père est de Mecina Bombaron”. Étonnement à peine voilé, et curiosité remplacent une retenue légèrement déplaisante.

“Quand est-il parti?”

“Il y a cent ans!”

“Pfiou, cent ans. Et tu connais encore du monde ici?” s’enquiert l’homme en blanc.

“Non, personne. Mes parents sont venus dans les années soixante, je crois qu’ils ont encore rencontré des parents qui se souvenaient de mon grand père. Mais tout cela est loin”.

L’autre homme qui n’avait trop rien exprimé sauf en ce qui concerne l’église dit avec un temps de retard, comme s’il finissait de compter “cent ans? Mais alors il n’a pas connu la guerre ?! Il n’a pas connu El Caudillo!!”

“Non et en plus il avait huit ans quand il est parti”.

On continue à échanger, avec l’homme en blanc, curieux du nom du grand-père, regrettant que je ne connaisse pas son “Apodo”, son surnom. Il me fallait au moins le deuxième nom pour savoir de quelle branche des Lopez il était. Je m’engage a demander à ma mère avant de revenir le soir prendre le jambon.

Avant de partir, l’autre homme me lance avec un grand sourire “Bah c’est pas trop grave, la-bas il a connu le Général Péron… il était pas trop mal çui là, non plus.”

Second degré? Provocation ? Nostalgie? A 18 heures ni lui ni l’enfant seront là. L’homme en blanc est bien à l’heure. Je choisis mon jambon. Lui indique que j’ignorais l’apodo de mon grand-père, parti si jeune, mais que la bas on l’appelait “el gringo” et qu’il était Lopez Lopez (ce qui indique qu’il n’a pas “connu” son père). Il s’engagea à interroger les anciens du village, dont son père – 86 ans. En me disant son nom, Romera, je lui indiquais que Mon grand-père avait épousé en Argentine Doña Teresa Romera, née sur un bateau dans les eaux territoriales brésiliennes, mais dont les parents étaient des alpujarras aussi. Assez vite on découvrit que nous connaissions tous deux des Manzano (principaux occupants du cimetière de Mecina) qui  avaient migré à Tupungato et qui étaient nos parents éloignés communs.

Avec mon épouse et mes amis nous quittâmes Mecina Bombaron. Je partais satisfait. Avec ce curieux sentiment de faire partie de l’humanité et de n’être plus l’étranger que j’étais en arrivant. Un dernier regard à l’Église pensant a ceux qui disent qu’on descend toutes et tous d’un seul couple. C’était  après l’expulsion du paradis, avant l’invention des frontières.

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